Qu’est-ce que l’asymétrie d’information ?
Posté par jesrad le Jeudi 3 avril 2008
Aujourd’hui, dans notre cours de praxéologie aléatomadaire, poursuivons notre étude de ce qui fait agir les gens d’une façon ou d’une autre en découvrant (comme promis précédemment) les implications de… l’asymétrie d’information.
L’asymétrie d’information est un nom pompeux donné à un cas particulier de coût de transaction, à savoir l’ensemble des cas où ce coût est trop élevé pour permettre un échange efficace (c’est à dire un échange libre par lequel chaque partie accroît sa richesse: il est dit efficace parce qu’il fonctionne, tout simplement – plus l’accroissement de richesse s’approche de son potentiel maximal, plus cette efficacité est élevée).
En clair: l’asymétrie d’information, c’est ce qui arrive quand je ne dispose pas de l’information nécessaire pour faire une transaction valable avec des gens qui, eux, peuvent disposer d’une telle information: si je ne connais pas assez bien la valeur que peut avoir pour moi l’objet à échanger (alors que l’autre sait très précisément quelle valeur aura pour lui l’argent qu’il en demande), si je ne sais pas avec qui échanger ni quand pour que ça m’arrange le mieux, etc.
Le cas typique d’asymétrie d’information généralement avancé s’appelle la sélection adverse, et l’exemple tout aussi typique qui l’accompagne est celui d’un assureur faisant faillite parce que l’information disponible ne lui permet pas de distinguer entre clients rentables ou pas. Une couverture de santé proposée au même prix pour les fumeurs comme pour les non-fumeurs avantage plus les premiers que les seconds, et si l’assureur est incapable de savoir qui est qui (puisque enquêter sur chaque client pour repérer les fumeurs revient trop cher: voilà notre coût de transaction), l’influx de fumeurs parmi ses clients augmente ses frais, donc ses prix, ce qui fait fuire les non-fumeurs et maintient les coûts toujours un peu en avance sur les recettes, menant à la faillite de l’assureur.
Il serait aisé, dans un cas comme celui-ci, de dire que l’assureur ne devrait pas avoir à supporter les coûts de santé que les fumeurs s’infligent volontairement à eux-mêmes (ce qui est juste – on parle ici d’aléa moral: l’assureur paie à la place du vrai “coupable”, c’est un cas de fraude), mais ça ne fait que passer à côté du fond du problème sans y répondre: l’efficacité des échanges, et donc du marché libre, possède une limite haute qui dépend des coûts de transaction.
Il y a des gens pour croire que l’existence d’une limite à l’efficacité du marché est un argument valable pour le remplacer par l’intervention de l’état avec ses bottes cloutées. C’est faire une grave erreur: l’accès à l’information est un service, qui possède lui aussi une valeur et des coûts, et qui est donc lui-même toujours mieux fourni par le marché. Le théoricien qui se place par construction dans la position de savoir tout d’une situation où les acteurs économiques, eux, ne savent pas tout se place en dehors de la réalité et s’affranchit des coûts correspondants. C’est un piège particulièrement retors. Pour dire les choses crûment: toute action autoritaire visant à obtenir l’information nécessaire pour faire une transaction efficace coûte inévitablement plus cher que le gain de richesse que celle-ci permet après coup. Par exemple, si dans notre exemple d’assureur, une loi impose aux assurés de déclarer leur tabagisme, l’application de cette loi coûtera plus (bien plus !) que le gain à espérer de l’existence maintenue de l’assureur. Alternativement, si le droit permet à l’assureur de départager dans chaque cas la quantité de frais réellement dûe à l’assuré (la part d’accident, disons) et quelle part il s’est infligé à lui-même en connaissance de cause (sa part de responsabilité propre), la seule procédure déterminant ces parts coûtera tellement en regard de l’économie potentielle sur les frais de santé que l’assureur y perdra forcément aussi.
De quelque façon qu’on regarde le problème, il est impossible de dépasser la limite que nous impose les coûts de transaction: il n’y a pas de solution miracle faisant disparaître les inconvénients de la vie réelle. Mais au moins, le marché nous donne un moyen pratique d’atteindre l’optimum, à défaut d’atteindre le maximum. Et ce y compris dans la lutte contre les coûts de transaction.