Qu’est-ce que la pauvreté ?

Aujourd’hui, dans notre cours de praxéologie aléatomadaire, nous allons essayer de comprendre et de lutter contre… la pauvreté !

La pauvreté est une caractéristique de certaines personnes: en économie, on dit qu’un individu ou qu’un groupe donné d’individus est « pauvre ». Le problème, c’est que les grands esclavagistes d’état se servent uniquement de définitions de la pauvreté qui les arrangent, lors de leurs nombreux concours de zizis statistiques.

Prenons le taux de « pauvreté », par exemple: voilà un chiffre complètement inutile digne d’un Shadok. C’est la proportion de gens, dans un pays, qui gagnent moins de la moitié du salaire médian (qui est le salaire au-dessus duquel se trouve la moitié des gens).

Quel est le rapport avec la pauvreté ? Aucun, on a juste décrété que « la moitié du salaire médian » séparait les Normaux et les Pauvres, de même que les médecins du siècle dernier séparaient Normaux et Crétins à partir d’un chiffre (rond, pour faire joli) de QI donné. Pour autant qu’on sache, tous ces gens pourraient très bien vivre dans l’opulence en ayant toutes leurs envies satisfaites; de même, les « non-pauvres » pourraient être tous frustrés par la société et incapables de satisfaire leurs envies.

Si la pauvreté, c’est ne rien posséder, alors personne n’est pauvre car on possède tous au moins un corps et un temps de vie, qui sont les seules richesses vraiment utiles à tout le monde. Si la pauvreté c’est avoir moins que les autres, comment définir « moins » ? J’ai moins de cheveux qu’un autre, suis-je pauvre ? Je n’ai pas de voiture alors que presque tout le monde en a une en France, suis-je pauvre ? Je vais vivre plus longtemps que vous, êtes-vous pauvre pour autant ? Tout ça n’a aucun sens, et revient encore une fois à faire l’erreur fondamentale des égalitaires de croire que tout le monde veut aussi ardemment les mêmes choses que tous les autres.

En fait un individu est pauvre si la satisfaction de ses envies ne lui est pas accessible: vous voulez vous protéger du froid mais vous n’avez aucun moyen de vous loger => vous êtes pauvre. Si vous avez faim mais n’avez aucun moyen de vous nourrir => vous êtes pauvre. Comme les envies et leurs priorités sont toutes différentes pour chacun, la pauvreté est une condition qui ne peut se décider qu’à l’échelle d’un individu seulement à la fois.

La solution pour cesser d’être pauvre, c’est de satisfaire ses propres envies (qu’elles prennent leur origine dans la physiologie ou dans l’esprit – conscient ou pas, raisonnable ou pas).

Satisfaire les envies pour réduire la pauvreté:
Commençons par le commencement… La vie existe sur cette planète parce que la Terre, à cause de ses conditions thermodynamiques particulières, agit comme un accumulateur de disentropie: elle stocke de la disentropie. La vie se nourrit de disentropie sous forme stockée, c’est à dire de matière que la disentropie a placée dans un état d’organisation plus élevé: cette matière se distingue du reste de l’environnement parce qu’elle est plus chaude ou plus froide (organisation thermique), emmenée en hauteur (accumulation de potentiel gravitationnel), amenée à un état d’énergie interne plus élevé (organisation chimique), etc…

L’essentiel de la matière qui est chimiquement organisée se nomme « matière organique ». A chaque instant le flux d’énergie que reçoit la planète se dissipe vers le reste de l’Univers et laisse derrière lui de la disentropie sous forme d’une accumulation de matière organisée, et donc un gros paquet de matière organique, qui nourrit la vie. C’est comme ça que la vie satisfait son envie d’exister: elle trouve, prend et utilise cette disentropie stockée dans la matière partout sur la planète.

Nous sommes des formes de vie, et donc nous fonctionnons comme ça nous aussi: nous trouvons, collectons et utilisons les ressources naturelles de la planète pour satisfaire nos envies (dont l’envie de continuer d’exister).

Par exemple, pour satisfaire l’envie de se protéger des intempéries, l’homme cherche un abri dans la nature (par exemple, une grotte). S’il n’en trouve pas, il peut utiliser d’autres ressources naturelles (des pierres, de la neige, du bois, etc…) et dépenser un peu de sa propre disentropie (stockée dans son corps) en la déversant dans cette matière pour l’organiser un peu plus ou un peu moins, et fabriquer un abri. Transformer la matière au prix d’un peu de sa disentropie de cette façon, ça s’appelle « travailler ».

Pour satisfaire ses envies, l’homme travaille les ressource naturelles qu’il a trouvé dans la nature. Le produit de ce travail, c’est la richesse.

Comme chaque être humain est différent, non seulement l’envie mais aussi la capacité de travail de chacun est différente: on voit donc que la pauvreté dépend avant tout, pour chaque personne, de la concordance entre ses envies et sa capacité de travail. Donc, quelqu’un qui est incapable de travailler pour obtenir la richesse dont il a envie est naturellement pauvre.

Avec cette définition, on voit aussi que tout le monde est plus ou moins pauvre, personne n’est parfaitement riche, personne ne le sera jamais vraiment. Même Robinson sur son île ne parvient pas forcément à subvenir à toutes ses envies, comme par exemple celle de se fabriquer un Falcon X et une piste de décollage pour aller explorer les autres îles alentour.

Il y a deux causes à l’impossibilité de subvenir à ses envies:
0) C’est matériellement impossible: l’Univers ne le permet pas, parce que les lois de l’Univers ne le permettent pas.
1) C’est économiquement impossible: vous ne possédez pas la quantité de disentropie ou simplement la capacité nécessaire pour réaliser le travail qui crée la richesse que vous désirez.

Les envies qui sont matériellement impossibles restent à jamais insatisfaites: l’individu sage doit apprendre à y renoncer.

Par contre on peut toujours négocier avec la seconde cause. S’il n’est pas possible aujourd’hui que tout le monde possède un diamant de 500 carats bien que les lois de l’Univers ne l’interdisent pas, c’est parce que nous sommes à l’heure actuelle incapables techniquement de fabriquer des diamants aussi gros, et incapables humainement d’aller en trouver assez pour tout le monde.

En fait, le progrès économique consiste entièrement à rendre possible la satisfaction des envies qui étaient jusqu’ici économiquement impossibles, ce qui revient finalement à combattre la pauvreté. Il y a un siècle il était impossible à quiconque de traverser l’Atlantique en moins d’une journée alors que maintenant des tas de gens le peuvent; aujourd’hui il n’est possible qu’à quelques personnes de s’envoler dans l’espace, dans un siècle ce sera possible à plus de gens; etc… On peut constater au passage que le progrès scientifique est un sous-ensemble du progrès économique (même la recherche fondamentale, puisqu’elle répond à des questions posées par des humains qui désirent la réponse: elle satisfait des envies). A mesure que toutes ces choses et tous ces services deviennent de plus en plus accessibles, la pauvreté recule.

Ce qu’on voit aussi, c’est que la capacité de travail d’un individu détermine son état de pauvreté. Une personne qui est capable de fabriquer toutes sortes de richesse peut subvenir à plus de ses propres besoins: Robinson est moins pauvre s’il sait pêcher, faire du feu, s’il a des outils pour chasser, un champ cultivable, un instrument de musique, etc… Cela veut dire que plus on peut économiser ses efforts pour fabriquer une richesse donnée, moins on est pauvre: cette capacité à fabriquer plus de richesses avec les mêmes efforts s’appelle en économie la productivité.

Plus une personne est productive, plus son travail fabrique de richesses, et donc plus cette personne est riche.

On sait que chaque personne est plus ou moins douée pour chaque type de travail. On sait que plus une personne désire des choses qu’elle n’arrive pas, ou parvient difficilement, à fabriquer elle-même, plus elle est pauvre. Cela veut dire qu’il est souvent plus facile aux uns de fabriquer les richesses qu’ils font facilement, désirées par les autres, à leur place, et réciproquement: c’est ce que l’on appelle la division du travail.

Ensuite vient le problème du transfert des richesses. Il y a deux façons émergentes (= spontanées) de se procurer le résultat du travail de l’autre:
0) les prendre contre sa volonté, généralement par une action violente (émergence de la hiérarchie: c’est l’état).
1) les prendre avec son accord, sans violence, généralement en échange d’autre chose (émergence de la catallaxie: c’est l’anarchie).

Le résultat de la première méthode, c’est d’économiser le travail de ceux qui dominent par la force et d’augmenter d’autant le travail de ceux qui sont leurs esclaves: globalement, cette méthode ne diminue pas la pauvreté. La seconde méthode permet d’économiser le travail de tous: globalement, elle diminue la pauvreté.

Démonstration:
Aristide et Brutus vivent en hiérarchie: Brutus domine Aristide.
Aristide déploie 6 zefforts (l’unité locale de mesure de travail humain) pour cultiver, il obtient 4 sacs de riz.
Brutus déploie 2 zefforts pour lui prendre 2 sacs de riz (dans une démocratie, il lui prendrait 3 sacs et lui en « redistribuerait » 1).

Total: 6 et 2 zefforts respectivement pour 2 sacs de riz chacun.

Maintenant, Aristide et Brutus vivent en anarchie. Brutus élève des lapins au lieu de dominer Aristide.
Aristide déploie 3 zefforts pour obtenir 2 sacs de riz. Ca lui laisse du temps pour écrire des chansons.
Brutus déploie 3 zefforts pour élever 2 lapins.
Ils s’échangent un sac de riz contre un lapin.

Total: 3 et 3 zefforts (2 de moins par rapport à la hiérarchie) pour 1 sac de riz et 1 lapin chacun.

Conclusion: Le fait de dominer Aristide fait économiser 1 zeffort à Brutus, mais il mange moins bien, et Aristide doit bosser deux fois plus pour compenser et manger moins bien lui aussi: ils sont plus pauvres globalement.

L’échange librement consenti facilite la division du travail: en distribuant les économies d’efforts parmi tous les individus il augmente d’autant la capacité de chacun à satisfaire ses propres besoins. Plus une personne fait économiser leurs efforts aux autres, plus ses propres besoins sont satisfaits par les autres: dans un marché libre, plus on est utile à tous les autres et plus on est récompensé en retour. C’est ce qu’on appelle la coopération sociale. C’est pour cette raison que les humains vivent en société: c’est une façon d’économiser leur peine tout en subvenant à leurs besoins.

La réduction des efforts nécessaires pour obtenir des richesses bénéficie à tout le monde: ceux qui sont moins capables d’être utiles aux autres en profitent aussi, puisque leur capacité de travail même limitée peut être échangée contre plus de richesses. Il y a aussi une autre raison qui fait que le marché libre aide ceux qui sont moins capables de travailler: l’échange librement consenti et la division du travail promeuvent l’entraide volontaire, et permet par ailleurs à ceux qui sont utiles aux autres d’obtenir ce qu’ils veulent plus facilement. Cela veut dire que plus de gens veulent aider ceux qui n’ont pas la capacité de satisfaire leurs désirs, et qu’ils en ont d’autant plus les moyens que le progrès économique avance (en bref, la solidarité est un bien que le marché libre peut fournir à moindre effort).

Voilà pourquoi, paradoxalement, le recul de la pauvreté va de pair avec l’accroissement des inégalités économiques. Le contraire est vrai aussi: réduire les inégalités économiques librement consenties ne fait que niveler la société toute entière par le bas, tout droit vers la pauvreté.

Comment mesurer la pauvreté ou la richesse ?

Il y a un moyen simple: puisque la pauvreté est la possibilité de satisfaire ses besoins par ses efforts, on peut mesurer la pauvreté en mesurant quelle quantité de richesse le travail de quelqu’un peut acheter. C’est ce qu’on appelle le pouvoir d’achat. Un indicateur réaliste du pouvoir d’achat, et donc de la pauvreté ou richesse, des habitants d’un pays pourrait être par exemple le salaire moyen local divisé par le prix local du Big Mac.

Exercice: calculez le pouvoir d’achat moyen de Big Mac de la France, de l’Irlande, de la Chine et de la Suède; classez les pays par ordre croissant de pauvreté. Etes-vous surpris du résultat ?

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

7 Responses to Qu’est-ce que la pauvreté ?

  1. Garbun dit :

    AH!

    Enfin quelqu’un qui a eu la même idée (pourtant évidente et bête comme une boite de caillous) que moi.

    Depuis le temps que je prévois de faire un comparatif internationnal en se basant sur ces 2 indicateurs pour voir là où le travail est vraiment efficace…

    Une telle recherche montée sur graphe, couplée avec un indicateur de temps ainsi que l’affichage de quelques dates clé d’un point de vue politico-économique, pour chacun des pays, et le socialiste moyen aurait bien du mal à défendre ses idées…

    Un truc qui fonctionnerait comme ça (oui, le lien fait 50 km…) :

    http://tools.google.com/gapminder/#$majorMode=chart$is;shi=t;ly=2003;lb=f;il=t;fs=11;al=0;stl=t;st=t;nsl=t;se=t$wst;tts=C$ts;sp=6;ti=2004$zpv;v=1$inc_x;mmid=XCOORDS;iid=ti;by=ind$inc_y;mmid=YCOORDS;iid=NY.GDP.PCAP.PP.KD;by=ind$inc_s;uniValue=20;iid=SP.POP.TOTL;by=ind$inc_c;uniValue=255;gid=1004;iid=MS.MIL.XPND.ZS;by=grp$map_x;scale=lin;dataMin=1975;dataMax=2004$map_y;scale=lin;dataMin=466;dataMax=64299$map_s;sma=1;smi=1$inds=FRA_tG3,,,,;IRL_tG3,,,,;LUX_tG3,,,,

    Qui est motivé ?

  2. jesrad dit :

    En fait, un indicateur fonctionnant sur la même idée est déjà utilisé, c’est le PIB par habitant à parité de pouvoir d’achat (PIB/hab.PPA), mais le salaire moyen à la place du PIB/hab serait peut-être plus intéressant.

  3. Tembo dit :

    D’autres indicateurs sont peut être plus parlant que le pib/hab. Néanmoins celui pris en compte dans le lien au dessus ne montre aucune différence majeur entre par exemple la France et la Grande Bretagne. Idem avec les Etats unis : l’écart reste le même dans le temps.
    Pas de quoi mon avis faire changer d’avis le « socialiste moyen » (mais que vient faire ici cette remarque…?).

    Jesrad, la réponse à l’énigme du big mac est elle plus convaincante ?

  4. Garbun dit :

    Pour la remarque du « socialiste moyen », il me semblait pourtant que c’était évident : si on arrive à montrer par les chiffres qu’on peut acheter plus de choses en moyen avec la même quantité de travail dans d’autres pays comme l’Angleterre, l’argument comme quoi le libéralisme spolie les travailleurs tombe à l’eau. Pour les coriaces, il faut enchainer sur « et ça ne se fait pas non plus au détriment des plus pauvres puisqu’il y a énormément moins de sdf là-bas qu’en France.

    Sinon quelle est cette énigme du big mac ?

  5. Bertrand Monvoisin dit :

    Je me souviens avec délice de certaines planches de Reiser sur ce sujet. Le dessinateur, qui ne risquait pas d’être considéré comme de droite posait une question « qu’est-ce qu’un riche » ? Un ouvrier poussant une brouette réponds : « c’est un mec qui gagne plus de 4 000 F par mois » (en 1981) ; celui qui gagne plus de 4 000 F par mois dit : « on est riche quand on possède sa résidence principale » , le propriétaire de sa résidence affirme « on est riche quand on a une résidence secondaire, le propriétaire d’une résidence secondaire surenchérit : « on est riche quand on a un château et une rolls », dernière image une bulle sort d’un château devant lequel est stationné une rolls : « aujourd’hui on est riche quand on a 50 milliards et une île dans le Pacifique ». Sur la page suivante l’auteur pose la question qu’est-ce qu’un vieux et personne ne se reconnaît comme vieux. conclusion de l’auteur : la France est un pays où il n’y a que des jeunes et aucun riche et on s’étonne qu’on ait voté socialiste !

    En parlant de socialiste souvenons-nous de l’excellente prestation télévisée de l’ex-concubin de la ténardière du Poitou (qui paye ses salariés avec des promesses éléctorales) qui affirmait sans plaisanter qu’un ménage qui gagnait plus de 4 000 euros par mois était riche. Cette affirmation péremptoire me laisse perplexe. Si un ménage ne gagne que 3 999,99 euro est-il pauvre ? De plus il faut prendre en compte les travailleurs indépendants dont les revenus sont fluctuants, un mois le ménage baigne dans l’opulence rockfellerienne ou aghakhannesque, le mois suivant c’est la misère noire ( façon Oliver Twist ou les personnages d' »Affreux, sales et méchants »).

    @Garbun En 1899 Eduard Bernstein, disciple de Freidrich Engels, a démontré chiffres à l’appui que le pouvoir d’achat des ouvriers Londoniens augmentait à moyen/long terme en raison de la baisse continue des coûts de revient des produits manufacturés, baisse répercutée sur les prix à la vente en raison de la libre concurrence. Ainsi la théorie marxiste de la paupérisation absolue (les pauvres s’appauvrissent toujours et les riches s’enrichissent toujours) tombe effectivement à l’eau. Le pouvoir d’achat ouvrier augmentait encore plus vite que la hausse des bas salaires démontrant que c’est bien la concurrence qui permet de maintenir de prix bas, qui profitent aux revenus les plus faibles.(Cf. « Les présupposés du socialisme »).

  6. ble dit :

    En fait la pauvreté un état duquel toute personne veut sortir pour avoir une vie agréable et vivre décemment.

  7. jesrad dit :

    En gros, oui. On en sort quand on cesse de vouloir toujours plus, et elle sert de moteur à l’économie.

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